La comparaison la plus brutale, pour moi, c'est bien entendu celle à effectuer entre la série Sherlock — quasiment parfaite, d'une intelligence éblouissante — et les films "Sherlock Holmes" hollywoodiens. J'ai hélas vu le deuxième: je peux vous affirmer que c'est une merde redoutable, un film grotesque de violence et de vulgarité. Un pur film d'action hollywoodien, sans plus la moindre trace de Sherlock Holmes dedans. Le premier avait des trous de scénario et des coquetteries ridicules, mais demeurait malgré tous ses défauts assez amusant. Le deuxième n'est plus qu'un prétexte pour les explosions, poursuites et violences habituelles d'un cinéma qui ne vise qu'à l'abrutissement.
Quant au renouveau de la littérature populaire... Je m'en suis réjouis, et je continue à suivre plein de séries actuelles (dans les thématiques "littérature de l’imaginaire")... mais j'ai récemment réalisé que, aux exceptions notables de Seanan McGuire et Gail Carriger, tous les autres auteurs que j'apprécie dans cette mouvance néo-pulp sont anglais, gallois, écossais, sud-africains, australiens... Tandis que les Américains, à part les deux formidables autrices citées plus haut, s'avèrent d'une platitude, d'une médiocrité, vraiment attristante — et j'en ai énormément lus, ces dernières années, croyez-moi. Mais je réalise que tous les mauvais étaient américains. Par exemple, Charles de Lint, qui n'est pas toujours très fin, affirmait récemment dans F&SF qu'il n'avait rien constaté d'un reproche souvent fait (dit-il) à la série "Black London" de Caitlin Kittredge (le premier, Street Magic, a été traduit je crois chez Eclipse). Pourtant je confirme: alors que c'est censé se dérouler à Londres, rien dans le décor, si peu brossé, n'évoque réellement la métropole anglaise, et les dialogues sont rédigés en dialecte américain, sans trace de langue anglaise typique. Ce roman de fantasy urbaine est si plat, si quelconque, que je ne suis pas parvenu à le finir. Pas parvenu non plus à lire en entier le premier Harry Connolly (série Twenty Palace ou Twenty Palaces, l'auteur ou son éditeur n'ont pas l'air de bien savoir). Des clichés, écriture médiocre, platitudes généralisées, pas de descriptions, pas d'ambiance... Eclipse devait publier ça (apparemment ils auraient fait faillite), en tout cas vous ne perdez rien. Alors que lorsque je lis George Mann (et encore ce n'est pas un grand styliste), Mark Hodder, Kate Griffin (un style renversant), Christopher Fowler, Trent Jamieson, Ben Aaronovitch, Mike Carey, Jasper Fforde... En bien, excusez, mais je m'éclate: voilà de la littérature populaire qui a de l'ambiance, du goût, du style, des idées, du punch, de la beauté.
À force de politiquement correct et de normalisations en tous sens, la culture populaire américaine perdrait-elle de sa force et de sa saveur? J'en ai un peu la crainte.

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