28 mars 2002

C'est pas juste.

Il y a des gens qui sont si géniaux qu'ils devraient être exempts de vieillir. Ils ne devraient même pas avoir le droit de mourir — ou alors avoir une rallonge de vie d'un bon siècle, sacrebleu!

Genre Michael Moorcock, tiens. Qui a de gros problèmes de santé & vient de se faire opérer de la jambe. On peut lui mailer des voeux à l'adresse suivante: best.wishes.mike@fantasticmetropolis.com
J'ai été revoir Gosford Park de Robert Altman. Je crois que c'est encore meilleur la deuxième fois — j'ai vu des tas de petits détails savoureux, et apprécié pleinement à quel point tout est parfaitement mis en place dés le début. Quant au jeu des acteurs, c'est une merveille, un casting 100% excellent.

Mon oncle Jean, sur son weblog Douze lunes, signale un amusant entretien avec l'acteur & écrivain Stephen Fry ("Inspecteur Thom..." dans le film).
Mais, au fait?!

Je ne suis pas certain d'avoir fait allusion ici au roman de Ugo Bellagamba & Thomas Day, L'École des assassins. Paru il y a peu au Bélial (l'ex-maison Bifrost/Étoiles Vives). Il s'agit d'une collaboration entre le jeune auteur aixois qui signait il y a peu encore "Michael Rheyss" (quelle idée, quand on a un si joli patronyme!), et le redoutable sauvage parisien Thomas Day... Un manga littéraire, qu'ils appellent ça.

Et ma foi... Y'a effectivement beaucoup de ça! Je l'ai juste débuté, hier soir, mais ça démarre fort, sur les chapeaux de roues. Miam!

27 mars 2002

Lu: Le Cheminot, de Takumi Nagayasu, d'après des textes de Jiro Asada (chez Génération Comics).

Deux longues nouvelles mises en images (il s'agit de mangas), la première, Le Cheminot, est une belle histoire de fantôme sur fond de récession économique & de fermeture d'une ligne de chemin de fer devenue inutile. Beaucoup de pathos — un peu trop, en fait, c'est vraiment du mélo — mais une histoire touchante, contemplative, à laquelle l'exotisme (pour le lecteur européen que je suis) ajoute une bonne part de charme. Simple & belle.

Love Letter, la deuxième nouvelle, est beaucoup plus originale (l'histoire de fantôme ne présente pas de surprise — mais c'est sans importance, sa force réside ailleurs), basée sur une idée choquante & assez brutale à sa manière — mais elle est néanmoins beaucoup moins bonne, à mon avis: encore plus mélo, trop c'est trop... Chose étonnante, l'éditeur lui-même avoue (dans un texte de présentation, au revers de la jaquette) que Asada "y va parfois un peu fort dans la dramatisation".

Le dessin est d'un réalisme classique très élégant, incroyablement minutieux, tout en finesse & effets de trame grise. Un ouvrage étonnant, à défaut d'être parfaitement satisfaisant.

25 mars 2002

Lu: Le Musée de Roland Fuentès (chez Fer de Chances) — le premier roman de l'auteur, qu'il m'a donné lors de la soirée en "café littéraire" de vendredi dernier.

Plutôt une "novella" qu'un roman, d'ailleurs: pas tout à fait 80 pages. Mais qu'importe le nombre de pages: j'ai aimé cette belle évocation de deux villes jumelles, l'une ancienne l'autre nouvelle, toutes deux mourant du progrès qui les a oublié... Et du jeune garçon chargé de décrire sa ville, d'en mettre en mots sur des cahiers les moindres détails...

Roland Fuentès a du style, ça oui, il y a dans Le Musée de ces fulgurances stylistiques, de ces envolées métaphoriques dans les descriptions comme je les aime: admiration. Le récit lui-même pourrait être décrit par un amateur de SF comme relevant du "néo-formalisme". d'autres parleront plutôt de "nouvelle fiction". Ou évoqueront le fantôme de Borgès... Un récit fantastique qui ne dévoile jamais toutes ses clefs. Il y avait longtemps que je n'avais pas lu ce type de fiction, hermétique & fascinante: ce fut un plaisir.

24 mars 2002

Sympa & inhabituel (pour moi): vendredi soir, je suis allé à Bourg-en-Bresse participer à un "café littéraire".

C'était Roland Fuentès, le rédac'chef de la revue Salmigondis, qui m'avait invité. En me précisant que pour mon transport, je pouvais peut-être m'entendre avec Jean-Jacques Nuel, qu'il avait aussi invité & qui habite... à deux pas de chez moi! Je m'entendis donc derechef avec monsieur Nuel (un émérite revuiste, dont j'ai très souvent lu la rubrique dans Écrire & Éditer, le magazine du CALCRE, & aussi un nouvelliste fort prolifique, que l'on peut lire dans un peu toutes les petites revues littéraires — tout comme Roland Fuentès également, d'ailleurs). Et vendredi soir nous partîmes de Lyon pour Bourg.

En dépit des craintes de J.J. Nuel, nous trouvâmes & Bourg & le café littéraire sans le moindre encombre — avec même une facilité assez déconcertante. Si aisément, en fait, que nous étions les premiers. Une petite dame à la voix hésitante & grinçante de bibliothécaire poussiéreuse commença à nous poser des questions (une autrice locale & régionalisante, ai-je cru comprendre), Jean-Jacques sortit de son cabas divers revues littéraire — ah oui, oups, j'oubliais de préciser: le sujet du débat de ce soir était "les revues littéraires".

Fascinante multiplicité & beauté de toutes ces revues — tiens, mon copain Jonas Lenn a publié dans Place aux Sens? (quel titre!)

Enfin arrivèrent Roland Fuentes & Philippe Gindre — ils s'étaient paumés, pas pris la bonne sortie d'autoroute. Première fois que je les rencontrais — du moins, je crois: Roland Fuentes, un grand gaillard brun, je suis certain de ne l'avoir jamais vu auparavant, mais bizarrement j'eu l'impression de déjà connaître Philippe Gindre: ce visage jeune avec d'épais cheveux grisonnants tirés en catogan, ces pattes de sourire aux coins des yeux — impression de déjà vu? Deux individus très sympathiques, en tout cas — ah, j'adore faire de telles rencontres!

Un cinquième intervenant, invité surprise de dernière minute, nous fut présenté par Roland: William Schnabel, le responsable du Gerf ("groupe de recherche sur le fantastique", une structure universitaire de Grenoble qui mène des recherches sur la littérature fantastique & publie Iris, une revue d'étude ayant la réputation d'être de qualité & accessible car pas trop jargonante). Un grand monsieur un peu timide, à l'accent charmant.

En fait de débat, il s'avéra tout de suite que les intervenants allaient être aussi nombreux que les membres de l'assistance: cinq personne, c'est tout... Pas terrible... :-S

Nous présentâmes à tour de rôle nos revues & nos bouquins, parlâmes de nos activités littéraires... Philippe Gindre s'occupe de la revue Le Codex Atlanticus & de la petite maison d'édition y afférante, la Clef d'Argent. Amusante majorité des "littératures de genre" alors que d'ordinaire les revues littéraires de France & de Navarre s'occupent plutôt de Littérature avec un grand L (?) ou de poésie, bref se situent plutôt dans le champ de la "culture officielle"... Tandis que Salmigondis est une revue très ouverte, prônant volontiers le mélange des différents genres, que mon propre Yellow Submarine se préoccuppe de SF & de fantasy, et le Codex Atlanticus comme Iris de fantastique. Seul mon voisin Jean-Jacques Nuel représentait donc ce soir-là une certaine "orthodoxie" littéraire... :-)

Audience ou pas, cette excellente soirée fut très bavarde — cinq revuistes faisant connaissance ont forcément des tonnes de choses à se raconter — et s'acheva fort tard (fort tôt, de fait!), après un bon repas offert par le patron du café littéraire. Qu'il fut bon mon lit, lorsqu'enfin vers 3h du matin ma tête heurta mon oreiller...
En tout cas, un bouquin que je viens d'ajouter à ma bibliothèque & que je ne lirai (probablement) pas, c'est Resident Evil de Thomas Day! Le livre du film... Un boulot purement alimentaire, que je suis content d'avoir simplement par amitié pour l'auteur, mais que ce dernier m'invite d'ailleurs dans sa dédicace... à ne pas lire. :-)

Allez, une autre citation d'Eco, juste pour le plaisir... (mais Libé devrait avoir honte de fournir sur son site un article aussi bourré de fautes de frappe en tous genres!):

« C'est quand même beau, un livre, pensé pour être tenu dans les mains, pour tomber sur les genoux quand on s'endort, pour être lu dans un sofa, un train, une barque, là où il n'y a aucune prise électrique, qui se souvient par la fatigue de ses pages du nombre de fois où l'avez feuilleté, ou, à l'inverse, demeurant tout rigide, vous rappelle que vous ne l'avez pas encore lu... »
Et moi qui m'inquiète d'avoir cinq mille bouquins chez moi... Umberto Eco pour sa part, déclare:

« J'ai fait le compte de mes livres il y a dix ans. Je peux maintenant le corriger de mémoire. Ici, il y en a trente mille et il faut, selon une loi que je me suis imposée, que ce chiffre ne soit pas dépassé. Quand j'ai emménagé, j'ai pu, pour la première fois de ma vie, ranger les livres en une seule file. Les mettre sur deux, ou, parfois, trois rangées, c'est comme si on ne les avait pas! A peu près tous les six mois, je fais le tri entre les ouvrages qui doivent rester ici et ceux qui peuvent partir à la campagne. Dans ma maison de campagne, où je dispose d'un grand espace, il y en a dix mille environ. A Bologne, j'en ai encore deux ou trois mille, et dans mon pied-à-terre parisien à peu près un millier. Nous arrivons à cinquante mille volumes... La question la plus bête qu'on me pose quand on visite ma bibliothèque, est évidemment: "Les avez-vous tous lus?"»
Lu: Carnet de bord de Lewis Trondheim.

L'Association vient de lancer une nouvelle collection, des petits livres vraiment très beaux , sur papier ivoire, cousus, couvertures non pelliculées. Quatre petits livres qui font très envie — mais s'avèrent hélas assez coûteux. Le Trondheim est le plus mince du lot — et il fait déjà 10 €...

Lewis y revient à la pratique de l'autobio, qui lui réussissait si bien autrefois. J'avais trouvé que son dessin sur le quatrième "Donjon" était un peu bâclé par endroits, et il paraît qu'il se fatigue de la fiction, a envie de revenir à des choses plus personnelles — tant mieux, ma foi, car j'ai toujours aimé le Lewis autobio. Ici, il s'agit comme son titre l'indique d'un journal de voyage, à l'île de la Réunion en décembre 2001. Des pages de croquis & de commentaires à chaud, sans retouches (même orthographiques: Lewis a laissé les ratures, comme le faisait son compère Matt Konture dans Jambon blindé).

Trop bref, mais plaisant.