09 novembre 2009

Au fait, j'ai lu Les Fils de l'air de Johan Heliot. C'est dans "Ukronies", chez Flammarion, comme le Mauméjean brièvement évoqué l'autre jour (La Reine des lumières). Je vais sans doute lire tous les volumes de la collection, pour le travail que je prépare avec Bellagamba au sujet des uchronies. Celle-ci part du postulat d'une fuite en ballon de Louis XVI et de sa famille, lors de la Révolution. Installé aux Etats-Unis que son ami la Fayette avait aidé à devenir indépendants, ce bon Louis devient ingénieur et entrepreneur, et bâtit une grande compagnie de dirigeables... Très steampunk, ça, les dirigeables. Icône majeure du genre. Pour le reste, il s'agit d'un excellent roman d'aventure, ça avance vite, et comme souvent chez Heliot, cela s'étend sur une période de temps assez longue — presque trop longue, rien n'est développé, j'aurais aimé que quantités de choses le soit. En même temps, un roman court, c'est plaisant, ça repose des pavés monstrueux que les littératures de genre version "pour adultes" nous infligent depuis l'invention du traitement de texte.

Autant chez Mauméjean le sec j'avais été parfois, sinon choqué, du moins un peu bousculé par un excès de violence, autant ici chez Heliot le doux l'on reste dans de la jeunesse classique, et puis en rêveur comme d'habitude l'auteur nous abandonne au moment où — non pas une, mais deux utopies s'ouvrent sur le continent américain. Ces deux auteurs ont souvent écrit ensemble — cinq romans, je crois — et les comparer est toujours intéressant. En fait, dans les deux cas ils demeurent fidèles à eux-mêmes, sans de concessions criantes au domaine "jeunesse". Si ce n'est qu'on ne s'arrête pas pour réfléchir: leurs intrigues progressent vite. Peu d'enjeux, au bout du compte, bien sûr, mais le tout est agréable, vite lu, pas bête pour un sou. Je me demande juste ce que les ados peuvent appréhender au juste des distorsions historiques pratiquées: ont-ils bien les connaissances nécessaires? Mais en fait, peu importe: le lecteur adulte trouvera plus encore de résonances dans ces deux romans que le lecteur enfant, voilà tout. Si ce n'est, aussi, que je m'interroge chez Mauméjean sur l'absence complète d'évocation de l'homosexualité d'Alexandre. Et chez Heliot sur l'enthousiasme avec lequel il nous dépeint une sympathique et très paternaliste multinationale. Mais l'exercice "jeunesse" oblige a des raccourcis que ces mêmes auteurs ne prendraient pas en "adulte". Sans doute en m'interrogeant ainsi essayai-je de trop trouver dans des romans simples, directs, de divertissement. Ils jouent avec des archétypes de l'imaginaire, pas avec des idéologies.
La chute du mur, je m'en souviens... C'était un soir, sur une chaîne française de télévision et une journaliste alors célèbre, Christine Ockrent, débitait des lieux communs au milieu d'une foule en liesse, une foule de citoyens de la RDA — et elle portait un somptueux manteau de fourrure, digne d'un star. Je l'avais alors trouvée d'une indécence injurieuse, à exhiber ainsi sa richesse... Pour moi, l'acte de cette journaliste ne symbolisa pas une victoire de la liberté, mais celle du gros fric vulgaire. À sa manière, elle annonçait le règne à venir des mafias de l'est.
Allez faire des courses ce matin. Il fait délicieusement gris et pleuvotant, quel bonheur après cette saleté d'été écrasant atroce. J'avais mon beau parapluie de chez Smith & Son. Ça m'a donné la pêche, ce temps. Je suis sérieux. I dream of London. And of New York, too.

"Ah! La poésie de l'automne!
La nature a revêtu son costume de tweed orange
Et sa casquette aux reflets d'or,
Les feuilles mortes tournoient
Joyeuses, dans le vent qui soupire comme un mirliton romantique,
Et puis viennent craquer sous les pas du flâneur solitaire
Qui se souvient des jours anciens où il était en vacances...

Automne et tes brouillards...
Saisons des inquiétudes et des grandes questions..."

Sibylline et le Kulgude, Raymond Macherot (by way of DDT)
À voir absolument: une publicité pour la version turque du New York Times, donnant à voir un panorama en dessin animé de Manhattan sous forme de polices de caractères et de pages de journaux... Renversant.

08 novembre 2009

Brrr, il faisait trop froid pour sortir. Je suis resté chez moi, à bosser sur un dossier de demande de subvention (un peu) et sur les textes du deuxième tome du Dico féerique (beaucoup).

07 novembre 2009

Daevid Allen, Steve Hillage, Didier Malherbe... les hippies sont encore vivants! Clip merveilleusement animé du nouvel album de Gong, groupe que je n'avais hélas pas les moyens d'aller voir à Paris l'autre jour...



Sur une note également très seventies, un épisode d'un dessin animé anglais que j'adore, Roobarb. Absurde et poétique.



Et une adaptation en 1976 par Bill Melendez du comic strip "Fred Basset". Délicieusement réac.

06 novembre 2009

Le tout premier titre des Moutons électriques était le Panorama illustré de la fantasy & du merveilleux, aujourd'hui presque épuisé. La préparation d'une réédition de ce volume va constituer un travail de longue haleine, que nous venons d'entamer officiellement. Olivier Davenas (coordinateur de l'ouvrage) vient de demander un article à un artiste que nous admirons beaucoup, et je viens de proposer à une amie universitaire spécialiste du conte d'en rédiger un autre. À suivre.

05 novembre 2009

Merveilleux. J'ai mis en carton des bouquins, ayant effectué un tri longtemps repoussé, histoire d'un peu préparer le futur déménagement de la bibliothèque. Bien. Prêt à descendre ça à la cave... La clef, où est la clef? God damn it: la clef a disparu, la petite chatte s'en est à coup sûr emparée, a joué avec. Et maintenant, où retrouver la clef? Argh. Super. Et en la cherchant, je trouve quoi? Une petite fuite insidieuse du lave-linge. Super (bis). This appartment is falling apart.

(Clef retrouvée le lendemain matin: pile sur le coussin où la petite chatte noire aime dormir.)

04 novembre 2009

Re-ouch: les travaux vont être nettement plus importants que je ne le pensais. Une seule (petite) pièce va y échapper. Ça va être bô, mais bonjour les déménagements de bouquins...

03 novembre 2009

Cela ne concerne jamais qu'un verre d'eau, bien sûr, mais la tempête qui en agite la surface ces derniers jours m'interpelle, me parle. L'autre week-end, au salon de Lambesc, je constatais avec intérêt que d'aucuns se définissaient comme "écrivain de science-fiction" quand d'autres se pensaient tout simplement "écrivain". Et voici que Fabrice Colin vient justement de s'exprimer sur ces questions d'identité de genre ("À l’occasion, il faut quitter pour exister, se jeter à l’eau pour comprendre qu’on sait nager. Sans la SF, je ne serais pas là aujourd’hui. Avec la SF, je n’irai jamais très loin ailleurs", dit-il en conclusion), accompagné par Daylon ("Ce n'est pas tant la fin de l'underground science-fictif que sa mise en réseau avec une constellation d'autres milieux insulaires. Tous ces petits laboratoires que nous avons cru à jamais invisibles les uns aux autres", dit-il en conclusion) et par Systar.

Rien à voir, mais faisant également un usage judicieux des petites cellule grises, une conférence d'Ugo Bellagamba sur le space opera.
La bonne nouvelle, c'est que le propriétaire de mon logement accepte le principe des travaux que j'ai demandés le mois dernier. Réfection complète de la salle de bain, changement de la fenêtre du séjour, nouveau sol pour le bureau... Plus de 20 ans que je suis dans ces murs, il était temps de rénover.

La mauvaise nouvelle, c'est qu'il faudra donc que je déménage gaillardement tout ledit bureau, ce qui ne va pas être une mince affaire: deux bibliothèques (dont un mur complet), deux bureaux, un lit, etc etc. Ouch.

02 novembre 2009

Fini hier soir de lire La Reine des lumières, le dernier Mauméjean — une uchronie pour ados, particulièrement entraînante, j'y ai retrouvé à la fois l'énergie de son Ère des dragons et la dose d'échanges dialogués que demande le genre. Repris ensuite les Jardins publics de Pierre Sansot, d'une belle poésie urbaine — régulièrement interrompu par les rires d'Axel, qui pour sa part reprenait sa lecture du journal de Léon Bloy. Me suis endormi très tard, en écoutant la tempête rouler au dehors des vagues mugissante, et les embruns frapper la vitre. Doux confort de se savoir à l'abri et de n'avoir pas même à sortir le lendemain. Ce matin, les esprits tempestaires couvrent toujours la ville de leur manteau houleux, des perles de grisaille éclatent aux fenêtres.